Vous avez dit dialogue social ?
Les 10, 12, 14 avril, à Faranah, Kissidougou et Gueckédou, première étape, les promoteurs du programme de concertation sociale en Guinée (Proconsogui), ont développé le thème "gouvernance dans un Etat de droit : la problématique des relations entre administrateurs et administrés". A l'adresse de quelque 300 délégués des sous-préfectures, CRD, communes urbaines. L'idée est du Conseil Comique et Social et la coordination des sages, financée par le Pnud, appuyée par IFES (International found for electoral systems, entendez Fonds international pour les systèmes électoraux). Objectif: les 33 préfectures du pays à couvrir, entre avril et juillet, pour écouter les populations, partager leurs visions, inquiétudes, aspirations, et leurs problèmes. A travers le dialogue. Pour consolider la cohésion sociale et instaurer un climat propice à l'organisation des prochaines élections.
Mme Elisabeth, avec à son Coté, Bakari Faux-fana, chargé de programmes, Michou Komando, prési du CES, et une équipe multimédia, a été accueillie dans les trois préfectures. Les facilitateurs Alhassane Condé, ancien ministre de l'Administration du Trottoir et Mohamed Bérété, prof de droit, ont exposé sur la démocratie, la séparation des pouvoirs, la consécration des libertés fondamentales des citoyens, la gestion transparente et efficace de la chose publique. Amen!
M. Mohamed Bérété estime que : "Pour comprendre la notion de gouvernance dans un Etat de droit, il faut d'abord connaître la démocratie, la gestion du pouvoir par le peuple." Pour Alhassane Condé, "l'Etat de droit veut dire respect de la loi. Mais chez nous, les administrateurs sont les premiers à la violer. Vous connaissez beaucoup d'exemples. Nous devons discuter de la façon dont notre pays est géré, parce que la gouvernance, c'est la manière dont on gère la chose publique (ministères, préfectures, communes, CRD...). Il n'est pas normal que les administrateurs détournent l'argent du contribuable." M. Condé veut que les citoyens connaissent leurs droits et devoirs : "C'est pour que plus jamais on ne vous trompe. C'est pourquoi, les organisations de la société civile sont nées, pour défendre l'intérêt général. Dans un Etat de droit, même le Président de la République doit respecter la loi. Mais c'est en Guinée qu'un président s'est déplacé pour sortir un voleur de prison (...) Il faut qu'ensemble nous ouvrions les yeux sur ces violations. Exprimez-vous pour donner le vrai sens au pouvoir à la base." Il a déploré la mal gouvernance, les élections souvent truquées, les populations divisées, les partis ethniques, l'ethnostratégie, l'incurie dans les hôpitaux, l'absence de service public. Excusez du peu! "Aujourd'hui si vous n'avez pas d'argent, c'est la mort qui vous attend dans les hôpitaux..."
Mme Elisabeth Côté a soutenu que le dialogue social qu'elle ambitionne, mettra en pratique les aspirations et recommandations des populations à la base. C'est le souci majeur du système des Nations Unies et les décideurs. "Exprimez vos soucis pour que les résultats de ces concertations profitent à tous les Guinéens, pour que règne la confiance entre les autorités et vous à travers un dialogue franc." M. Michou Komando a reconnu que "Le Conseil Economique et Social, tirant les leçons des grèves de 2006 et 2007, trouve impérieux que les acteurs de la vie nationale se concertent et définissent les priorités. Les événements douloureux que le pays a connus sont les conséquences du déficit de dialogue entre les composantes de la nation. Le déficit de confiance entre gouvernants et gouvernés a exacerbé accumulé le sentiment de frustration. On a assisté à des protestations de tous ordres pour réclamer le changement." La mission a continué sur Macenta, N'Zérékoré, Yomou, Lola, et Beyla. Pour le même message.
"Exprimez-vous, donc !»
Les participants à la campagne pour le dialogue social, constitués en groupe de travail, ont disséqué les relations entre administrés et administrateurs, la citoyenneté, les conflits auxquels ils confrontés dans leur localité, les valeurs communes à défendre, le rôle qui est le leur pour améliorer la gouvernance.
Faranah, le 10 avril, après avoir écouté les conférenciers, ils ont demandé simplement que leur sécurité soit assurée, que les auteurs des violations de la loi soient punis, les conflits sociaux (domanial, frontalier, vol de bétail) soient circonscrits en justice, les ressources soient bien gérées, et que l'initiative privée soit encouragée. Alors, ils s'engageront à s'acquitter des impôts et des taxes, à participer aux élections, à être bons citoyens.
Kissidougou, le 12 avril. 2è étape. Un prêtre de prêcher la vision de Martin Luther King : "La paix, c'est pas dans les discours, mais dans les attitudes de l'homme (...) On aura beau changer les structures, les postes, les hommes, si on ne change pas les comportements, les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets." Dieu soit loué! Pour un allergique aux partis politiques : "La racine du mal guinéen, c'est le multipartisme. Plus de 10 partis pour un pauvre pays comme la Guinée, c'est la division, l'ethnostratégie, la misère noire..." Plus, une dame qui ne veut plus entendre parler d'urnes. "On vote, mais on ne sait pas souvent à quel moment les urnes sont bourrées." Le représentant des sages, un certain Henri Lamah, les sages ont joué un grand rôle pour désamorcer la crise de janvier et février 2007, a répondu que leurs expériences peuvent apporter beaucoup au développement de la nation. "Parce que, dit-il, nous sommes malades de népotisme, d'égoïsme, d'ethnocentrisme, régionalisme". C'est tout dire Guéckédou, le 14 avril. 3è étape. Les responsables locaux se sont montrés très attentifs aux exposés, mais..."Ils veulent plus d'égard à leur préfecture martyrisée par les attaques de 2000, afin d'apaiser les frustrations. "Aidez-nous pour que Gueckédou reprenne sa place d'antan : ville cosmopolite, carrefour des échanges commerciaux de la sous-région." lance un participant. Un autre de philosopher : "Si nous acceptons de faire peau neuve, nous pouvons déplacer une montagne : la misère des Guinéens". Le souci de Robert Leno, aigri-culteur : "Nos chefs voulant rester au pouvoir par tous les moyens, quel peut être la bonne gouvernance, la démocratie et le développement? Michou Komando a fini par mettre un peu d'eau dans son venin : "Nous ne sommes ni courtisans, ni opposants au pouvoir, mais neutres pour dire la vérité." Dame Elisabeth Coté, a conclu que malgré l'enclavement des sous-préfectures et des CRD, elle espère parvenir à des résultats concluants : "Ensemble nous verrons comment aller de l'avant pour donner le vrai sens au changement souhaité". Re-Amen!
Zézé Zoumanigui
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